Croyance à l’inspiration

Croyance à l’inspiration

Les artistes ont quelque intérêt à ce que l’on croie à leurs intuitions subites, à leurs prétendues inspirations ; comme si l’idée de l’oeuvre d’art, du poème, la pensée fondamentale d’une philosophie tombaient du ciel tel un rayon de grâce. (…)

Quand l’énergie créatrice s’est accumulée pendant un certain temps, quelque obstacle en ayant empêché le cours, elle se déverse à la fin dans un flot aussi soudain que si se produisait une inspiration immédiate sans aucun travail intérieur préalable, c’est à dire un miracle. C’est en cela que consiste l’illusion bien connue au maintien de laquelle sont un peu trop intéressés, on l’a vu, tous les artistes. Le capital n’a justement fait que s’accumuler, il n’est pas tombé du ciel tout à coup. Il y a du reste une inspiration apparente du même genre en d’autres matières, par exemple dans le domaine de la bonté, de la vertu, du vice. NietzscheHumain, trop humain, Gallimard, 1988, p. 138.