Politiquement correct, fraude et perversion

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots »
Platon

Propre aux politiques et aux médias visant le plus large électorat et le plus vaste audimat, le discours politiquement correct s’insinue dans notre langage au quotidien. En rhétorique, on parlera de périphrase, le jardinier devient l’ « animateur d’espaces verts ». Dans sa foulée, la périphrase entraîne le recours à l’euphémisme atténuant ainsi la face déplaisante. Le chômage se traduit par « l’évolution du nombre de demandes d’emplois non satisfaites » et le cancer par « une longue maladie ».

Voilà la douce mélodie illusoire jouée par la « traduction cosmétisée » qui nous éloigne de l’exigence de précision du terme premier et en diminue d’autant la réalité. Le signifiant change mais pas le signifié, or le discours implique la réalité, le signifié, la chose existante, et non le signifiant,  tel ou tel mot.

 

Le Joueur de flûte de Hamelin
Sculpture 2000
Bois 50/10/10
.bhb.


L’emploi d’expressions ou de mots édulcorés peut provoquer un effet boomerang en réponse au propos mensonger de l’euphémisme ou de la périphrase. Au contraire de prévenir toute forme de discrimination, de stigmatisation ou de péjoration, les « traductions politiquement correctes » peuvent s’avérer insultantes pour quiconque voit ainsi son « état » minimisé voire renié. En contournant la réalité par ces jeux de langage, l’orateur est à même de se dédouaner d’une responsabilité envers elle.

La pensée qui est enfant du langage est alors écrasée, conformée, conditionnée par l’utilisation du discours recommandable et recommandé. La fraude des mots contribue à son formatage producteur de la pensée unique.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Joueur_de_fl%C3%BBte_de_Hamelin