Retrouvez les estampes d’ avril 2016 « mon messager » créé en livre libre de 72 estampes représentant 365 icônes pour l’année. Chaque feuille représente un mois gravé de six estampes tirées en une impression. Il offre une compilation d’informations en tous genres selon l’humeur, les sources, les événements du moment. Al manah
Avril
Estampe 19
Friedrich Nietzsche. Le Crépuscule des idoles, Le Cas Wagner, Nietzsche contre Wagner, L’Antéchrist. Traduction par Henri Albert. Mercure de France, 1908 [septième édition] (Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 12, pp. 172-226).
Pour qu’il y ait de l’art, pour qu’il y ait une action ou une contemplation esthétique quelconque, une condition physiologique préliminaire est indispensable : l’ivresse. Il faut d’abord que l’ivresse ait haussé l’irritabilité de toute la machine : autrement l’art est impossible. Toutes les espèces d’ivresses, fussent- elles conditionnées le plus diversement possible, ont puissance d’art : avant tout l’ivresse de l’excitation sexuelle, cette forme de l’ivresse la plus ancienne et la plus primitive. De même l’ivresse qui accompagne tous les grands désirs, toutes les grandes émotions ; l’ivresse de la fête, de la lutte, de l’acte de bravoure, de la victoire, de tous les mouvements extrêmes ; l’ivresse de la cruauté ; l’ivresse de la destruction ; l’ivresse sous certaines influences météorologiques, par exemple l’ivresse du printemps, ou bien sous l’influence des narcotiques ; enfin l’ivresse de la volonté, l’ivresse d’une volonté accumulée et dilatée.
L’essentiel dans l’ivresse c’est le sentiment de la force accrue et de la plénitude. Sous l’empire de ce sentiment on s’abandonne aux choses, on les force à prendre de nous, on les violente, — on appelle ce processus : idéaliser. Débarrassons-nous ici d’un préjugé : idéaliser ne consiste pas, comme on le croit généralement, en une déduction, et une soustraction de ce qui est petit et accessoire. Ce qu’il y a de décisif c’est, au contraire, une formidable érosion des traits principaux, en sorte que les autres traits disparaissent.
Flâneries inactuelles
Estampe 20

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L’évolution créatrice
(H. Bergson 1859 – 1941)
I. De l’évolution de la vie. Mécanisme et finalité.
Bergson textes
… Le portrait achevé s’explique par la physionomie du modèle, par la nature de l’artiste, par les couleurs délayées sur la palette ; mais, même avec la connaissance de ce qui l’explique, personne, pas même l’artiste, n’eût pu prévoir exactement ce que serait le portrait, car le prédire eût été le produire avant qu’il fût produit, hypothèse absurde qui se détruit elle-même. Ainsi pour les moments de notre vie, dont nous sommes les artisans. Chacun d’eux est une espèce de création. Et de même que le talent du peintre se forme ou se déforme, en tout cas se modifie, sous l’influence même des oeuvres qu’il produit, ainsi chacun de nos états, en même temps qu’il sort de nous, modifie notre personne, étant la forme nouvelle que nous venons de nous donner. On a donc raison de dire que ce que nous faisons dépend de ce que nous sommes ; mais il faut ajouter que nous sommes, dans une certaine mesure, ce que nous faisons, et que nous nous créons continuellement nous-mêmes. Cette création de soi par soi est d’autant plus complète, d’ailleurs, qu’on raisonne mieux sur ce qu’on fait.
…
Estampe 21
Un voyage à Cythère
Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
Et planait librement à l’entour des cordages ;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
Comme un ange enivré d’un soleil radieux.
Quelle est cette île triste et noire ? – C’est Cythère,
Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons,
Eldorado banal de tous les vieux garçons.
Regardez, après tout, c’est une pauvre terre.
– Ile des doux secrets et des fêtes du coeur !
De l’antique Vénus le superbe fantôme
Au-dessus de tes mers plane comme un arôme,
Et charge les esprits d’amour et de langueur.
Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des coeurs en adoration
Roulent comme l’encens sur un jardin de roses
Ou le roucoulement éternel d’un ramier !
– Cythère n’était plus qu’un terrain des plus maigres,
Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
J’entrevoyais pourtant un objet singulier !
Ce n’était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entre-bâillant sa robe aux brises passagères ;
Mais voilà qu’en rasant la côte d’assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
Nous vîmes que c’était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.
De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
Dans tous les coins saignants de cette pourriture ;
Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré
Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses,
Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices,
L’avaient à coups de bec absolument châtré.
Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
Le museau relevé, tournoyait et rôdait ;
Une plus grande bête au milieu s’agitait
Comme un exécuteur entouré de ses aides.
Habitant de Cythère, enfant d’un ciel si beau,
Silencieusement tu souffrais ces insultes
En expiation de tes infâmes cultes
Et des péchés qui t’ont interdit le tombeau.
Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes !
Je sentis, à l’aspect de tes membres flottants,
Comme un vomissement, remonter vers mes dents
Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes ;
Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
J’ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
Des corbeaux lancinants et des panthères noires
Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.
– Le ciel était charmant, la mer était unie ;
Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
Hélas ! et j’avais, comme en un suaire épais,
Le coeur enseveli dans cette allégorie.
Dans ton île, ô Vénus ! je n’ai trouvé debout
Qu’un gibet symbolique où pendait mon image…
– Ah ! Seigneur ! donnez-moi la force et le courage
De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût
Charles Baudelaire (1821-1867)
Estampe 22
Dans une petite vallée bernoise une petite fille questionne sa grand-mère:
« Grossmüeti, was isch hinger däm Hügu? »
« Los Chind, mir wei net grüble. »
« Grand-mère, qu’est-ce qu’il y a derrière cette colline? »
« Ecoute gamin, on va pas se mettre à ruminer. »
Une perception du monde au temps de Jeremias Gotthelf (4 octobre 1797 – 22 octobre 1854)
Estampe 23
– Désolé je ne peux pas le prendre.
– Ah non, ne me dites pas ça.
– Je l’ai bien examiné, il n’est pas fou.
C’est un petit mental qui a une incapacité totale à s’extraire du présent.
– Parlez clairement docteur.
– D’accord.
En clair, il est incroyablement con.
– Docteur il faut me débarrasser de lui, je suis sûr qu’il serait mieux à l’asile.
– C’est un asile de fous ici, pas un asile de cons, faudrait construire des asiles de cons mais, vous imaginez un peu la taille des bâtiments ?
Extrait de dialogue du film “Tais-toi!” de Francis Veber Veber
Ici le maître du dialogue de films français
Estampe 24
Les héros de cette dernière estampe du mois d’avril:
Un roi dans la force de l’âge : Hérode-Antipas, gouverneur de Galilée pour l’Empire Romain.
Une reine à la beauté déclinante : Hérodiade, d’abord unie à son oncle Hérode-Philippe, lui-même frère d’Hérode-Antipas, qu’elle épousera ensuite en secondes noces. Hérodiade est donc à la fois la nièce et l’ex-belle sœur d’Hérode-Antipas
Une charmante princesse, pur instrument innocent : Salomé, née de l’union d’Hérode-Philippe et d’Hérodiade. Elle est donc à la fois nièce, petite-nièce et belle-fille d’Hérode-Antipas.
Un jeune prophète : Jean-Baptiste, parfois appelé aussi Iokannaan, dans lequel certains se plaisent à voir une réincarnation du prophète Elie (disparu quand même 300 ans plus tôt). Vêtu d’une simple peau de chameau, il annonce inlassablement la venue de Jésus-Christ.
Synopsis (Plot ça va aussi): Sexe et politique
… Mais vint le jour propice, lorsque Hérode, pour son anniversaire, donnait un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée. La fille d’Hérodiade entra, dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit alors à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai ». Et il lui en fit serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume ». Elle sortit donc et dit à sa mère : « Que dois je demander ? ». Celle-ci répondit : « La tête de Jean-Baptiste ». En toute hâte, elle revint auprès du roi et lui fit cette demande : « Je veux qu’à l’instant tu me donnes sur un plat la tête de Jean-Baptiste ». Le roi fut contristé, mais à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas refuser. Et aussitôt il envoya un garde avec l’ordre d’apporter la tête de Jean. Celui-ci alla le décapiter dans sa prison, puis il apporta la tête sur un plat, la donna à la jeune fille et la jeune fille la donna à sa mère. A cette nouvelle, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le mirent au tombeau…

Si le lancement vous a plu, allez voir depuis bientôt 100 ans à l’affiche
Si l’Histoire vous intéresse, allez voir La décollation du prophète







