Retrouvez les estampes de mars 2016 « mon messager » créé en livre libre de 72 estampes représentant 365 icônes pour l’année.
Chaque feuille représente un mois gravé de six estampes tirées en une impression.
Il offre une compilation d’informations en tous genres selon l’humeur, les sources, les événements du moment. Al manah
Mars
Estampe 13
Vertige de la liste … pages admirablement illisibles, comme l’inventaire des fleurs du Paradou, où Zola pulvérise tous les records d’«incontinence» verbale. Ici:
« Chapitre IV… Une mer de verdure, en face, à droite, à gauche, partout. Une mer roulant sa houle de feuilles jusqu’à l’horizon, sans l’obstacle d’une maison, d’un pan de muraille, d’une route poudreuse. Une mer déserte, vierge, sacrée, étalant sa douceur sauvage dans l’innocence de la solitude. Le soleil seul entrait là, se vautrait en nappe d’or sur les prés, enfilait les allées de la course échappée de ses rayons, laissait pendre à travers les arbres ses fins cheveux flambants, buvait aux sources d’une lèvre blonde qui trempait l’eau d’un frisson. Sous ce poudroiement de flammes, le grand jardin vivait
… l’un des avantages des listes, c’est qu’elles sont faites de trous. A chacun de les combler. Le lecteur de listes est le plus écrivain de tous les lecteurs.
Encyclopédie capricieuse du tout et du rien
Estampe 14
L’artiste est de gauche, l’acheteur est de droite
Le salon d’un appartement.
Un seul décor. Le plus dépouillé, le plus neutre possible.
Les scènes se déroulent successivement chez Serge, Yvan et Marc.
Rien ne change, sauf l’oeuvre de peinture exposée.
Marc, seul.
MARC. Mon ami Serge a acheté un tableau.
C’est une toile d’environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux.
Mon ami Serge est un ami depuis longtemps.
C’est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l’art.
Lundi je suis allé voir le tableau que Serge avait acquis samedi mais qu’il convoitait depuis plusieurs mois.
Un tableau blanc, avec des liserés blancs.
Chez Serge.
Posée à même le sol, une toile blanche, avec de fins liserés blancs transversaux.
Serge regarde, réjoui, son tableau.
Marc regarde le tableau.
Serge regarde Marc qui regarde le tableau.
Un long temps où tous les sentiments se traduisent sans mot.
MARC. Cher ?
SERGE. Deux cent mille.
MARC. Deux cent mille ?…
SERGE. Handtington me le reprend à vingt-deux.
MARC. Qui est-ce ?
SERGE. Handtington ? !
MARC. Connais pas.
SERGE. Handtington ! La galerie Handtington !
MARC. La galerie Handtington te le reprend à vingt-deux ?…
SERGE. Non, pas la galerie. Lui. Handtington lui-même. Pour lui
MARC. Et pourquoi ce n’est pas Handtington qui l’a acheté ?
SERGE. Parce que tous ces gens ont intérêt à vendre à des particuliers. Il faut que le marché circule.
MARC. Ouais…
SERGE. Alors ?
MARC. …
SERGE. Tu n’es pas bien là. Regarde-le d’ici. Tu aperçois les lignes ?
MARC. Comment s’appelle le…
SERGE. Peintre. Antrios.
MARC. Connu ?
SERGE. Très. Très !
Un temps.
MARC. Serge, tu n’as pas acheté ce tableau deux cent mille francs ?
SERGE. Mais mon vieux, c’est le prix. C’est un ANTRIOS !
MARC. Tu n’a pas acheté ce tableau deux cent mille francs !
SERGE. J’étais sûr que tu passerais à côté.
MARC. Tu as acheté cette merde deux cent mille francs ? !
Serge, comme seul.
SERGE. Mon ami Marc, qui est un garçon intelligent, garçon que j’estime depuis longtemps, belle situation, ingénieur dans l’aéronautique, fait partie de ces intellectuels, nouveaux, qui, non content d’être ennemis de la modernité en tirent une vanité incompréhensible.
Il y a depuis peu, chez l’adepte du bon vieux temps, une arrogance vraiment stupéfiante.
Les mêmes. Même endroit. Même tableau.
SERGE (après un temps)… Comment peut-tu dire « cette merde » ?
MARC. Serge un peu d’humour ! Ris !… Ris, vieux, c’est prodigieux que tu aies acheté ce tableau !
Marc rit. Serge reste de marbre.
SERGE. Que tu trouves cet achat prodigieux tant mieux, que ça te fasse rire, bon, mais je voudrais savoir ce que tu entends par « cette merde ».
MARC. Tu te fou de moi !
SERGE. Pas du tout « cette merde » par rapport à quoi ? Quand on dit telle chose est une merde, c’est qu’on a un critère de valeur pour estimer cette chose.
MARC. À qui tu parles ? À qui tu parles en ce moment ? Hou hou !…
SERGE. Tu ne t’intéresses pas à la peinture contemporaine, tu ne t’y es jamais intéressé. Tu n’as aucune connaissance dans ce domaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant à des lois que tu ignores, est une merde ?
MARC. C’est une merde. Excuse-moi.
…
ART
Estampe 15
Le logiciel intègre des “réseaux de neurones”, unités informatiques organisées comme les cellules dans le cortex cérébral humain. Des couches de neurones superposés, où chaque cellule est en contact avec des milliers d’autres.

L’organisation des neurones dans le cortex cérébral, dessin du prix Nobel 1906 Santiago Ramon y Cajal, domaine public, Wikimedia Commons.
Estampe 16
Immigration illégale
«Où est ma place sur terre?»
En 1995, lorsqu’elle avait 8 ans, ses parents, des Mexicains qui avaient traversé la frontière illégalement, ont réussi à la faire venir aux États-Unis. Plus tard, la famille s’est agrandie de deux autres enfants. Nés à El Paso, ceux-ci sont automatiquement devenus des citoyens américains. Mais Socorro est restée entre parenthèses. Ou presque. La société américaine étant constituée d’individus très généreux et amicaux, «je suis entrée facilement à l’école, se souvient-elle, car on ne m’a demandé aucun papier pour cela. Mes professeurs ont rapidement vu que j’étais une élève… capable. Les propositions pour financer mes études ont afflué. Mais même si j’étais toujours en avance sur les enfants de mon âge, je n’ai pas pu les saisir. Lorsque j’ai terminé l’école, j’ai dû remplir les formulaires pour entrer au collège, il y avait une case : “nationalité”. Je ne pouvais rien inscrire. Je n’avais pas de passeport, pas de papiers, rien. Un avocat m’a indiqué que si je déclarais mon existence, je serais expulsée, avec interdiction de revenir pendant dix ans. Le doyen de l’université a été mis au courant de ma situation, mes parents ont payé la totalité des frais de scolarité et je suis entrée au collège.»
Socorro mène la vie d’une fugitive aux États-Unis : «Je n’ai rien fait de mal, sinon d’être ici. Je ne veux pas m’en aller, c’est mon pays, ma famille. Je ne peux pas quitter cette ville, ni partir en vacances avec mes frères, ni même aller boire un verre avec des copains ou aller pique-niquer près des lacs des environs. Je suis à la merci d’un contrôle des patrouilles de frontière. Il y en a sur toutes les routes qui sortent de la ville, et je ne parle pas des aéroports. J’ai pris la voiture pour venir vous voir,mais à la moindre vérification d’identité, je serai expulsée vers un pays qui m’est étranger, le Mexique, où je n’ai pas de papiers non plus. Ma vie s’effondrera.
A El Paso, elle est l’une des dizaines de milliers d’«undocumented persons» (sans papiers), prise dans une souricière.
Voilà trente ans que les Américains sont confrontés à un problème que les Européens désormais connaissent bien : l’immigration illégale. Les estimations sur le nombre d’«illégaux» travaillant dans le pays varient entre 12 et 20 millions de personnes. Des gens dont les États-Unis ont besoin, des gens qui y travaillent et n’ont pas le moindre droit
Estampe 17
Le hamac
Magnifique texte à savourer suspendu à l’ombre du feuillage d’un grand arbre.
… Je me souviens de ma panique au moment de pénétrer dans la chambre obscure pour ce rituel étrange : le sommeil. Je ne parvenais à dormir qu’après avoir pleuré abondamment. Mais quelle joie de s’allonger dans un hamac. Sous les arbres. La brise légère qui efface les angoisses … etc.
Estampe 18
voir en musique
Les Raisins de la colère extrait
Alors des hommes armés de lances d’arrosage aspergent de pétrole les tas d’oranges, et ces hommes sont furieux d’avoir à commettre ce crime et leur colère se tourne contre les gens qui sont venus pour ramasser les oranges. Un million d’affamés ont besoin de fruits, et on arrose de pétrole les montagnes dorées.
Et l’odeur de pourriture envahit la contrée.
On brûle du café dans les chaudières. On brûle le maïs pour se chauffer – le maïs fait du bon feu. On jette les pommes de terre à la rivière et on poste des gardes sur les rives pour interdire aux malheureux de les repêcher. On saigne les cochons et on les enterre, et la pourriture s’infiltre dans le sol.
Il y a là un crime si monstrueux qu’il dépasse l’entendement.
Il y a là une souffrance telle qu’elle ne saurait être symbolisée par des larmes. Il y a là une faillite si retentissante qu’elle annihile toutes les réussites antérieures. Un sol fertile, des files interminables d’arbres aux troncs robustes, et des fruits mûrs. Et les enfants atteints de pellagre doivent mourir parce que chaque orange doit rapporter un bénéfice. Et les coroners inscrivent sur les constats de décès: mort due à la sous-nutrition – et tout cela parce que la nourriture pourrit, parce qu’il faut la pousser à pourrir.
Les gens s’en viennent armés d’épuisettes pour pêcher les pommes de terre dans la rivière, et les gardes les repoussent; ils s’amènent dans de vieilles guimbardes pour tâcher de ramasser quelques oranges, mais on les a arrosées de pétrole. Alors ils restent plantés là et regardent flotter les pommes de terre au fil du courant; ils écoutent les hurlements des porcs qu’on saigne dans un fossé et qu’on recouvre de chaux vive, regardent les montagnes d’oranges peu à peu se transformer en bouillie fétide; et la consternation se lit dans les regards, et la colère commence à luire dans les yeux de ceux qui ont faim. Dans l’âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines. John Steinbeck
The Grapes of Wrath













